Des instructions destinées au chatbot d’assistance de WhatsApp ont été découvertes dans le code source de dizaines de pages du centre d’aide. Invisibles lors d’une consultation normale, certaines consignes demandaient à l’intelligence artificielle de ne pas orienter les utilisateurs vers une autorité de protection des données et de ne pas citer le RGPD ou d’autres lois lorsqu’une conversation abordait un avocat ou une action en justice.
WhatsApp affirme que ces textes étaient destinés à son service « WhatsApp Support with AI » et qu’un bug les avait rendus présents dans les pages publiques. L’entreprise les a retirés avant la publication des enquêtes. À ce stade, aucune preuve publique ne permet d’affirmer que le chatbot a réellement suivi les instructions dans ses réponses.
102 blocs cachés sur 80 pages d’aide
La découverte a été réalisée par Redact, une entreprise spécialisée dans la suppression de données et de contenus en ligne. Ses chercheurs ont analysé les 545 pages reliées au centre d’aide de WhatsApp et identifié 102 blocs d’instructions sur 80 pages.
Les textes se trouvaient dans le HTML sous un marquage nommé HelpContentGalaxyLLMInclude. Ils n’étaient pas affichés à l’écran, mais restaient accessibles à toute personne consultant le code source et à certains robots d’indexation.
La majorité des blocs semblait anodine : préciser le sens de termes ambigus, rediriger une question vers le bon article ou rappeler les caractéristiques d’une offre. Quelques consignes soulevaient néanmoins des questions importantes sur la manière dont le chatbot devait traiter les demandes liées aux droits des utilisateurs.
Ne pas recommander une autorité de protection des données
Sur la page expliquant comment supprimer un compte, une instruction destinée à l’IA lui demandait de ne pas recommander de contacter une autorité de protection des données, un régulateur ou une autorité de contrôle. Elle indiquait aussi de ne pas prétendre que WhatsApp pouvait supprimer manuellement un compte au nom de l’utilisateur.
Cette orientation est sensible, car la politique européenne de confidentialité de WhatsApp rappelle elle-même que les utilisateurs peuvent déposer une plainte auprès de l’autorité irlandaise de protection des données ou d’une autre autorité compétente. Le droit de saisir une autorité de contrôle est également prévu par l’article 77 du RGPD.
Les références au RGPD écartées en cas de litige
Un autre bloc, associé à la page consacrée au signalement et au blocage, s’activait dans le contexte d’une question mentionnant un avocat, un procès, un tribunal ou une action en justice. Le chatbot était invité à renvoyer la personne vers un professionnel du droit, mais aussi à ne pas citer ni interpréter des réglementations comme le RGPD européen, le LGPD brésilien ou le CCPA californien, même lorsque l’utilisateur les évoquait directement.
Une entreprise peut légitimement empêcher son chatbot de fournir un conseil juridique personnalisé. Le problème apparaît lorsque cette prudence conduit à masquer l’existence d’un droit, d’un texte public ou d’une voie de recours officielle. Il existe une différence entre refuser d’interpréter une loi et refuser de signaler qu’elle existe.
Les instructions étaient-elles destinées aux autres IA ?
Les blocs étaient présents dans les pages web publiques, mais WhatsApp affirme qu’ils visaient uniquement son propre chatbot d’assistance. Redact a constaté que Google et Bing recevaient ces textes avec le reste du HTML. En revanche, lors de tests effectués avec les identifiants de robots utilisés par OpenAI, Anthropic et Perplexity, les pages n’auraient renvoyé ni l’article ni les consignes.
Cette différence de comportement ne permet pas de conclure que les instructions cherchaient à manipuler les assistants externes. Elle souligne cependant un risque général : tout texte intégré à une page, même invisible pour l’humain, peut être collecté par un moteur de recherche, un système de recherche augmentée ou un agent chargé de parcourir le Web.
Une chronologie établie grâce aux archives du Web
Redact a repéré les consignes le 8 octobre 2026. Une copie archivée de la page de suppression de compte datée du 12 juillet ne les contenait pas, tandis qu’une version du 4 septembre les affichait déjà dans son code. Elles étaient encore présentes le 15 octobre.
Après que WIRED a interrogé Meta, les 102 blocs ont disparu des 80 pages concernées. Le retrait était effectif le 18 octobre, sans suppression des articles d’aide eux-mêmes. WhatsApp a déclaré que l’exposition des instructions dans les pages résultait d’un bug désormais corrigé.
Ce que l’enquête ne démontre pas
Les chercheurs ont examiné les instructions, pas un historique complet des réponses du chatbot. Il n’est donc pas établi que des utilisateurs ont reçu des réponses leur refusant systématiquement les informations sur les régulateurs ou les lois relatives à la vie privée. On ignore également si les mêmes règles restent appliquées dans la configuration interne du service après leur retrait du HTML.
Cette distinction est importante pour éviter de transformer une découverte vérifiable en accusation non démontrée. Les faits établis concernent l’existence, le contenu et l’exposition publique des consignes ; leur impact concret sur chaque conversation demeure à auditer.
Un cas d’école pour la gouvernance des chatbots
Les assistants de support sont souvent présentés comme de simples interfaces conversationnelles. Leurs réponses dépendent pourtant d’instructions internes, de documents récupérés, de règles commerciales et de filtres qui peuvent modifier l’information fournie. Lorsque ces règles touchent aux droits, aux plaintes ou aux recours, elles doivent faire l’objet d’un contrôle juridique et éthique renforcé.
- les consignes du chatbot doivent être versionnées et auditées ;
- les réponses sur les droits doivent citer des sources officielles vérifiables ;
- un refus de conseil juridique ne doit pas empêcher l’accès aux voies de recours ;
- les contenus cachés dans le HTML doivent être exclus des index et des pipelines RAG non prévus ;
- les utilisateurs doivent pouvoir demander une intervention humaine ;
- des tests doivent vérifier les réponses aux demandes sensibles et contradictoires.
Que peut faire un utilisateur confronté à un problème de confidentialité ?
Un chatbot d’entreprise ne doit jamais constituer l’unique source d’information sur les droits. Il est préférable de consulter directement la politique de confidentialité, le texte légal et le site de l’autorité compétente. Dans l’Union européenne, un utilisateur peut contacter son autorité nationale ou l’autorité irlandaise chargée de superviser WhatsApp.
Il est également utile de conserver les échanges avec l’assistance, les captures d’écran et les références des demandes. Si la réponse automatique semble incomplète, l’utilisateur peut reformuler sa question, demander explicitement une escalade humaine et vérifier les délais ou procédures auprès d’une source indépendante.
À retenir
- Redact a trouvé 102 blocs destinés à une IA sur 80 pages d’aide de WhatsApp.
- Certains demandaient de ne pas recommander un régulateur ou de citer les lois sur la vie privée.
- WhatsApp affirme qu’un bug a exposé des instructions prévues pour son chatbot d’assistance.
- Tous les blocs ont été retirés au plus tard le 18 octobre 2026.
- Il n’est pas démontré que le chatbot a effectivement appliqué ces consignes aux utilisateurs.
Sources
Informations recoupées à partir de l’enquête de WIRED, des constatations publiées par Redact et de l’article initial de The Hacker News.


