Introduction
La fintech ivoirienne CinetPay, spécialisée dans le traitement des paiements numériques en Afrique de l’Ouest francophone, traverse l’une des crises les plus graves de son histoire.
Selon une enquête publiée par TechCabal, l’entreprise aurait été victime d’une cyberattaque d’envergure en septembre 2025, entraînant des pertes financières supérieures à 1,2 million de dollars et provoquant des retards de règlement affectant des milliers de commerçants et de partenaires.
Cette affaire soulève de sérieuses interrogations sur la résilience des infrastructures de paiement, la gestion du risque cyber et la protection des fonds des clients dans l’écosystème fintech africain.
Une cyberattaque coordonnée dans plusieurs pays
D’après une lettre interne signée par Daniel Dindji, directeur général de CinetPay, l’entreprise a subi simultanément plusieurs incidents de cyberfraude en Côte d’Ivoire, au Togo et au Burkina Faso.
Les attaquants auraient exploité des limites internes des systèmes de la plateforme pour :
- retirer des fonds,
- les transférer vers de multiples comptes de mobile money,
- puis les disperser rapidement afin d’échapper aux mécanismes de détection.
Des experts en cybersécurité cités dans l’enquête qualifient cette méthode de tactique classique de blanchiment, souvent utilisée pour vider les comptes avant toute réaction des équipes de sécurité.
Une détection tardive aux lourdes conséquences
Selon les documents consultés par TechCabal, la faille n’a été détectée qu’après la disparition de sommes importantes dans plusieurs pays.
À ce moment-là, les commerçants ont commencé à constater :
- des retards inhabituels de règlement,
- puis un blocage prolongé des fonds.
Certains partenaires affirment que leurs paiements sont restés en suspens pendant plusieurs mois, compromettant leur trésorerie et leurs opérations quotidiennes.
Un litige majeur avec DPay
L’un des cas les plus sensibles concerne DPay, un prestataire de services de paiement nigérian.
CinetPay devait traiter les paiements de DPay en Afrique de l’Ouest francophone à partir de décembre 2024.
Cependant :
- dès août 2025, des retards de règlement sont apparus,
- en septembre 2025, CinetPay reconnaissait une dette de plus de 655 millions de FCFA (environ 1,2 million de dollars),
- plusieurs mises en demeure ont été envoyées, sans remboursement effectif à ce jour.
DPay affirme que cette situation a restreint son accès au fonds de roulement et affecté sa capacité à servir ses propres clients.
Une crise sur fond de pression réglementaire
La cyberattaque est survenue dans un contexte particulièrement sensible.
En septembre 2025, CinetPay venait d’obtenir une licence de la BCEAO, faisant partie des rares fintechs autorisées à opérer dans l’espace UMOA.
Cette licence impose :
- un capital minimum,
- une gouvernance solide,
- des contrôles anti-fraude stricts,
- une infrastructure technique résiliente.
Pour de nombreux observateurs, cette attaque constitue un test grandeur nature de l’efficacité réelle de ces exigences réglementaires.
Par ailleurs, les incidents sont survenus peu après l’ouverture d’une enquête au Sénégal visant CinetPay pour des soupçons liés à la fraude et au blanchiment, accusations que l’entreprise a officiellement niées.
Un impact direct sur les PME africaines
Créée en 2016, CinetPay traite plus de six millions de transactions par mois pour des milliers d’entreprises africaines.
Lorsque les fonds sont bloqués :
- ce sont principalement les PME, commerçants et plateformes locales,
- qui subissent les retards de paiement,
- mettant en péril leurs activités quotidiennes.
Cette crise met en lumière la dépendance croissante des économies africaines aux prestataires de paiement numériques et les risques systémiques en cas de défaillance.
Enjeux de cybersécurité et leçons à tirer
L’affaire CinetPay rappelle plusieurs réalités essentielles :
- la cybersécurité est devenue un enjeu stratégique majeur pour les fintechs,
- les mécanismes de détection doivent être rapides et proactifs,
- la protection des fonds clients doit rester prioritaire, même en cas d’incident.
Elle soulève aussi une question clé :
les garanties exigées par les régulateurs sont-elles suffisantes pour protéger les clients finaux ?
Conclusion
La cyberattaque subie par CinetPay dépasse le simple incident technique. Elle révèle les fragilités structurelles d’un secteur fintech en pleine croissance en Afrique de l’Ouest, mais encore exposé à des risques cyber complexes.
Alors que les enquêtes se poursuivent et que les partenaires attendent toujours leurs fonds, cette affaire pourrait marquer un tournant majeur dans la manière dont les autorités, les fintechs et les entreprises abordent la sécurité des paiements numériques sur le continent.
Source : TechCabal


