La Côte d’Ivoire s’apprête à confronter ses dispositifs de sécurité numérique à une crise de grande ampleur, mais dans un environnement contrôlé. Les 28 et 29 octobre 2026, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information de Côte d’Ivoire (ANSSI-CI) organisera CYBER.EX 2026 au Radisson Blu d’Abidjan. Présenté comme la première simulation nationale de crise cyber du pays, l’exercice doit réunir plus de 800 participants.
L’ambition dépasse la simple démonstration technique. Pendant deux jours, décideurs, responsables informatiques, experts de la sécurité, juristes, communicants et étudiants seront confrontés à un scénario réaliste. L’objectif sera de mesurer leur capacité à comprendre une attaque, prendre des décisions sous pression, coordonner la riposte et assurer la continuité des services essentiels.
Un exercice national centré sur trois secteurs critiques
Le scénario de CYBER.EX 2026 impliquera trois domaines dont l’interdépendance est déterminante pour l’économie ivoirienne : l’énergie, les technologies de l’information et de la communication, ainsi que la finance. Une perturbation touchant l’un de ces secteurs peut rapidement produire des effets en cascade sur les autres : indisponibilité de services, interruption de paiements, difficultés de communication ou ralentissement des opérations.
Le thème retenu, « Résilience numérique nationale : anticiper, réagir, rebondir ensemble pour garantir la sécurité », résume cette approche. Il ne s’agira pas seulement d’empêcher une intrusion, mais de vérifier si les organisations savent limiter ses conséquences, maintenir leurs activités prioritaires et revenir à un fonctionnement normal.
Dirigeants et techniciens face au même scénario
L’un des intérêts majeurs de l’exercice réside dans la participation simultanée des équipes exécutives et opérationnelles. Les dirigeants devront arbitrer avec des informations parfois incomplètes : faut-il isoler un système, suspendre un service, informer les clients ou saisir une autorité ? En parallèle, les équipes techniques devront détecter l’incident, en déterminer l’étendue, contenir la menace et préparer la remédiation.
Cette articulation est essentielle. Une crise cyber ne peut plus être traitée comme un problème réservé à la direction informatique. Elle engage la gouvernance, les finances, les obligations réglementaires, la communication et la réputation. Une décision techniquement justifiée peut avoir des conséquences commerciales importantes ; inversement, un choix de gestion mal coordonné peut gêner l’investigation ou aggraver l’exposition.
Quatre dispositifs pour couvrir la crise, la technique et les talents
CYBER.EX 2026 sera structuré autour de quatre composantes complémentaires :
- Cyber Crise Exécutive, qui placera 60 décideurs en situation de pilotage et d’arbitrage stratégique ;
- Cyber Crise Technique, destiné à environ 200 spécialistes chargés d’investiguer, contenir et corriger l’incident simulé ;
- Cyber Talent, qui mobilisera une centaine d’étudiants issus de dix universités et grandes écoles autour d’une compétition Capture The Flag ;
- Cyber Village, espace de rencontres ouvert aux partenaires, aux start-up et aux visiteurs professionnels.
La présence des étudiants donne aussi à l’événement une dimension de développement des compétences. La compétition permettra de repérer de nouveaux profils, tandis qu’une masterclass doit les aider à mieux comprendre l’environnement juridique et institutionnel de la cybersécurité. Trois prix liés au Capture The Flag et un Prix ANSSI 2026 de la Résilience cyber sont annoncés pour la clôture.
Ce que la simulation doit réellement révéler
Un exercice de crise efficace ne cherche pas à prouver que tout fonctionne parfaitement. Il sert précisément à faire apparaître les zones de fragilité avant un incident réel : annuaire de crise incomplet, responsabilités mal définies, remontée d’information trop lente, procédures non testées, difficultés de communication ou dépendances techniques insuffisamment documentées.
Pour les organisations participantes, plusieurs enseignements concrets pourront être tirés :
- la rapidité de détection et de qualification d’un incident majeur ;
- la clarté des rôles entre direction, RSSI, DSI, métiers, juridique et communication ;
- la capacité à maintenir les fonctions prioritaires pendant l’attaque ;
- la qualité des échanges avec l’ANSSI-CI et les autres acteurs concernés ;
- l’efficacité des procédures de confinement, de restauration et de retour d’expérience.
Un test grandeur nature de la stratégie nationale
CYBER.EX 2026 doit aussi traduire la stratégie nationale de cybersécurité en actions mesurables. La protection du cyberespace dépend autant des technologies déployées que de la préparation humaine, de la coopération entre institutions et de la capacité des opérateurs critiques à partager rapidement une information fiable.
Dans une crise touchant plusieurs secteurs, aucune organisation ne dispose seule de toute la visibilité nécessaire. L’exercice permettra donc d’évaluer la circulation des alertes, l’escalade vers les autorités compétentes et la cohérence des décisions prises par les acteurs publics et privés. Cette coordination constitue souvent la différence entre un incident contenu et une perturbation nationale prolongée.
Pourquoi les entreprises non participantes sont aussi concernées
Même sans prendre part directement à CYBER.EX, les entreprises ivoiriennes peuvent utiliser l’événement comme un rappel opérationnel. Elles devraient vérifier l’existence d’un plan de réponse aux incidents, identifier leurs services indispensables, tester leurs sauvegardes et organiser régulièrement des exercices sur table associant la direction générale.
La préparation ne consiste pas uniquement à acheter des outils de sécurité. Elle suppose de savoir qui décide, qui contacte les partenaires, comment préserver les preuves, dans quel ordre restaurer les services et comment communiquer sans diffuser d’informations inexactes. Ces réflexes doivent être acquis avant la crise.
À retenir
- CYBER.EX 2026 se tiendra les 28 et 29 octobre au Radisson Blu d’Abidjan.
- La première édition réunira plus de 800 participants.
- L’énergie, les TIC et la finance seront au cœur du scénario.
- L’exercice associera décideurs, équipes techniques, étudiants et partenaires.
- L’objectif central est de renforcer la coordination nationale et la continuité des services critiques.
Sources
Informations recoupées à partir de l’annonce de l’ANSSI Côte d’Ivoire et de l’article initial publié par Linfodrome.


