Cybersécurité : le Cameroun mobilise son écosystème fintech face aux risques systémiques

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Le Cameroun veut renforcer la sécurité de son secteur fintech avant qu’un incident isolé ne devienne une crise touchant tout l’écosystème financier. L’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (ANTIC) a réuni à Douala plus de 100 acteurs — fintechs, banques, opérateurs télécoms et institutions de microfinance — autour de la cybersécurité, de la réglementation et des partenariats.

Pourquoi la fintech camerounaise doit mieux se protéger

Le mobile money, les paiements en ligne, les prêts numériques et les transferts transfrontaliers occupent désormais une place centrale dans l’économie. Selon les chiffres présentés lors des échanges, les services de paiement numérique ont généré plus de 1 022 milliards de FCFA de revenus en 2024, soit 3,16 % du PIB, dans un marché comptant plus de 31,5 millions d’abonnements mobiles actifs.

Cette croissance crée aussi une forte interdépendance. Une faiblesse chez un prestataire technique, une fintech ou un opérateur peut affecter plusieurs services à la fois. Le risque n’est donc plus seulement celui d’un compte client piraté : une attaque réussie peut perturber les transactions, exposer des données et faire perdre confiance dans l’ensemble du paiement numérique.

Fraude, phishing et vol de données au premier plan

L’ANTIC cite notamment la fraude en ligne, l’hameçonnage renforcé par l’intelligence artificielle, le blanchiment, les flux financiers illicites, les fuites de données personnelles et les interruptions de service. Les fraudeurs combinent de plus en plus de faux messages, appels, pages de connexion et techniques d’ingénierie sociale pour convaincre la victime d’autoriser elle-même une opération.

Pour une fintech, les conséquences peuvent être juridiques, financières et réputationnelles. Une indisponibilité prolongée empêche les clients d’accéder à leur argent, tandis qu’une fuite d’identité peut alimenter d’autres fraudes bien après l’incident initial.

Près de 4 000 vulnérabilités relevées

Dans le cadre de son travail de contrôle, l’ANTIC indique avoir mené 108 audits de sécurité auprès d’entreprises fintech et identifié 3 914 vulnérabilités. Les faiblesses fréquemment rencontrées concernent les politiques de sécurité mal appliquées, le manque de spécialistes, les contrôles d’accès insuffisants, la protection des données et les plans de continuité d’activité.

Ces constats expliquent l’importance d’une réponse collective. Une entreprise peut sécuriser son application tout en restant exposée par un partenaire, une API ou une plateforme d’interconnexion moins bien protégée.

Un cadre pour sécuriser l’interconnexion

Une décision du ministère des Postes et Télécommunications adoptée en avril 2025 fixe les conditions d’accès des plateformes numériques publiques à la plateforme nationale d’agrégation des communications électroniques. L’interopérabilité reste encouragée, mais elle doit être accompagnée d’exigences de sécurité vérifiées par des audits conduits par l’ANTIC.

Les priorités pour bâtir un secteur résilient

  • Partager rapidement les informations sur les fraudes et incidents entre fintechs, banques et télécoms.
  • Renforcer l’authentification et limiter les privilèges accordés aux comptes techniques.
  • Auditer les API et partenaires avant toute interconnexion.
  • Chiffrer les données sensibles et tester régulièrement leur restauration.
  • Préparer des plans de continuité pour maintenir les paiements en cas de crise.
  • Sensibiliser les utilisateurs aux faux appels, liens et demandes de code secret.

La confiance, véritable capital de la fintech

L’initiative camerounaise montre que l’innovation financière ne peut durer sans sécurité. La rapidité et la simplicité attirent les utilisateurs, mais seule la confiance les fidélise. En réunissant régulateurs et acteurs privés, le Cameroun cherche à éviter qu’une vulnérabilité locale ne se transforme en risque systémique pour toute l’économie numérique.

Sources : ANTIC, ITWeb Africa et Afrique IT News.

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