OpenAI a annoncé la suspension d’un groupe de comptes ChatGPT attribués avec une forte probabilité à des opérateurs basés en Russie. Selon l’entreprise, ces comptes ont servi à produire des commentaires et publications destinés à promouvoir l’International Burke Institute, une organisation se présentant comme un centre d’expertise installé en Israël.
L’affaire illustre moins une campagne massive qu’un dispositif élaboré de blanchiment d’influence : une façade institutionnelle, des contenus académiques copiés ou mal attribués, un indice politique favorable à la Russie et une diffusion multicanale cherchant à masquer l’origine réelle de l’opération.
Comment ChatGPT a été intégré au dispositif
Les opérateurs formulaient des instructions en russe, puis demandaient au modèle de produire principalement des contenus en anglais. OpenAI indique qu’ils cherchaient explicitement à effacer les indices linguistiques susceptibles de trahir leur provenance. Les textes générés étaient ensuite publiés sur Substack, Telegram, X, Facebook et LinkedIn.
L’accès à ChatGPT aurait été réalisé au moyen de VPN, la plateforme n’étant pas disponible depuis la Russie. OpenAI précise toutefois que les articles hébergés sur le site de l’institut n’ont pas été générés par ses modèles. Plusieurs auraient plutôt été copiés depuis de véritables travaux universitaires, parfois avec de fausses attributions.
Une fausse vitrine d’expertise comme point d’appui
Le site associé à l’International Burke Institute aurait été enregistré en février 2025. Il affirmait réunir des spécialistes internationaux de l’économie, de la politique, de la sociologie et des relations internationales. Cette apparence de légitimité permettait de donner une source présentable aux contenus ensuite relayés sur les réseaux sociaux.
L’élément le plus distinctif était un « indice de souveraineté », également présenté comme le Burke Index. Il évaluait les pays selon des dimensions politiques, économiques, technologiques, informationnelles, culturelles, cognitives et militaires. D’après OpenAI, sa construction tendait à valoriser la Russie et à déprécier les États occidentaux.
Des indices linguistiques malgré les efforts de dissimulation
L’enquête a relevé plusieurs formulations difficiles à expliquer pour un locuteur anglophone natif. L’exemple le plus parlant est l’expression « Svetofor coalition » utilisée à propos de l’ancienne coalition allemande rouge-jaune-verte. « Svetofor » signifie feu tricolore dans plusieurs langues slaves et semble provenir d’une traduction littérale.
Un second opérateur aurait aussi créé des identités visuelles pour une douzaine de chaînes Telegram consacrées à différents pays. Certaines partageaient les contenus de l’institut, tandis que l’opérateur demandait régulièrement des résumés en russe de leur activité.
Une audience limitée, mais un modèle reproductible
OpenAI estime que la campagne a touché des audiences relativement modestes. Les chaînes Telegram les plus visibles comptaient environ 10 000 à 20 000 abonnés. Cette portée limitée ne supprime pas le risque : les opérations d’influence reposent souvent sur la persistance, la multiplication de petites audiences et la réutilisation de contenus par des comptes qui semblent indépendants.
L’intelligence artificielle générative réduit le coût de production de variantes linguistiques, de commentaires et de profils éditoriaux. Elle n’invente pas la stratégie, mais accélère les tâches répétitives nécessaires pour entretenir plusieurs canaux et donner l’illusion d’une conversation organique.
Les bons réflexes pour détecter ce type d’opération
Quel enseignement pour les équipes cyber et communication ?
La sécurité de l’information ne se limite plus aux malwares et aux compromissions de comptes. Les entreprises, médias et institutions doivent aussi surveiller les tentatives d’usurpation d’autorité, la création de faux centres de recherche et les campagnes coordonnées qui manipulent leur réputation ou le débat public.
Des procédures simples peuvent améliorer la résilience : validation des sources avant republication, analyse des métadonnées, veille sur les nouveaux domaines, partage d’indicateurs entre équipes et formation des collaborateurs aux contenus artificiellement amplifiés.
Sources
Les faits principaux proviennent du rapport d’enquête publié par OpenAI. Le contexte médiatique et la synthèse initiale sont disponibles dans The Hacker News. L’attribution à la Russie est formulée selon l’évaluation d’OpenAI et ne doit pas être présentée comme une décision judiciaire.

