Mémoire de ChatGPT : quelles données personnelles l’IA retient-elle réellement ?

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La mémoire de ChatGPT peut construire une représentation détaillée de ses utilisateurs à partir de conversations ordinaires. Une étude présentée à l’ACM Web Conference 2026 a analysé 2 050 entrées de mémoire provenant de 80 personnes. Elle montre que 96 % de ces entrées ont été créées à l’initiative du système, sans demande explicite de mémorisation.

Ce que les chercheurs ont réellement étudié

Des chercheurs issus notamment de la TU Delft et d’instituts Max-Planck ont examiné des données récupérées par des utilisateurs de ChatGPT au moyen de leur droit d’accès. Leur travail, intitulé « The Algorithmic Self-Portrait », ne porte pas sur des réponses isolées du chatbot, mais sur les informations conservées par sa fonction de personnalisation.

Les 2 050 entrées analysées proviennent de 80 participants. L’objectif était de comprendre comment la mémoire sélectionne, reformule et organise les éléments issus des échanges. Les résultats concernent le système observé pendant la collecte et ne permettent pas d’affirmer que chaque compte ChatGPT contient exactement les mêmes catégories ou proportions.

Résultat de l’étudeProportion
Entrées créées sans demande explicite96 %
Entrées contenant des données personnelles au sens du RGPD28 %
Entrées décrivant des éléments psychologiques52 %
Entrées directement fondées sur le contexte fourni84 %

Un « profil psychologique » à nuancer

Plus de la moitié des entrées comportaient des éléments qualifiés de psychologiques : préférences, projets, croyances, émotions, motivations ou objectifs à long terme. Il ne s’agit pas nécessairement d’un diagnostic clinique établi par ChatGPT. Le terme désigne plutôt une accumulation d’inférences qui, mises ensemble, dessinent un portrait comportemental de l’utilisateur.

Le système peut aussi généraliser. Une demande ponctuelle sur un sujet culturel, professionnel ou personnel peut être transformée en préférence durable. Cette opération améliore parfois la pertinence des réponses futures, mais elle peut également figer une interprétation incorrecte ou sortir une information de son contexte initial.

Des informations sensibles peuvent apparaître en mémoire

L’étude relève que 28 % des entrées contenaient des données personnelles au sens du RGPD. Certaines informations concernaient la santé, les émotions ou d’autres aspects sensibles de la vie des participants. Le problème ne vient donc pas seulement de ce que l’utilisateur demande explicitement de retenir, mais aussi de ce que le système déduit comme utile à la personnalisation.

OpenAI indique aujourd’hui que des informations sensibles peuvent apparaître dans la mémoire lorsqu’elles sont partagées avec ChatGPT. L’entreprise recommande de vérifier les réglages de personnalisation et d’utiliser un chat temporaire lorsqu’une conversation ne doit ni utiliser ni créer de souvenirs.

Supprimer une conversation ne suffit pas toujours

Une conversation et une entrée de mémoire sont deux éléments distincts. Effacer un fil de discussion ne supprime pas nécessairement une information déjà enregistrée pour personnaliser les réponses. Inversement, supprimer une mémoire ne fait pas disparaître le texte d’origine encore présent dans l’historique.

Selon la documentation d’OpenAI, la suppression complète d’une information peut exiger de retirer la mémoire concernée ainsi que les conversations, fichiers ou sources connectées dans lesquelles elle apparaît. La désactivation de la référence à l’historique programme la suppression des informations mémorisées depuis les anciens échanges dans un délai pouvant atteindre 30 jours.

Comment vérifier ce que ChatGPT utilise

  • Ouvrir les paramètres de ChatGPT, puis la section Personnalisation ou Mémoire.
  • Examiner les souvenirs enregistrés et supprimer ceux qui sont inexacts, trop personnels ou devenus inutiles.
  • Désactiver la mémoire enregistrée ou la référence à l’historique si la personnalisation n’est pas souhaitée.
  • Supprimer également la conversation source lorsqu’une information doit être retirée complètement.
  • Vérifier les instructions personnalisées, les fichiers et les applications connectées.
  • Utiliser un chat temporaire avant d’aborder un sujet sensible.

Les bons réflexes pour protéger sa vie privée

La première protection consiste à limiter les informations communiquées. Pour obtenir une réponse générale, il n’est souvent pas nécessaire de fournir un nom, une adresse, un employeur, un numéro de dossier ou un historique médical identifiable. Une question peut être formulée de manière hypothétique ou anonymisée.

Dans un contexte professionnel, les données de clients, contrats, secrets d’affaires, identifiants techniques et rapports internes ne devraient pas être copiés dans un service grand public sans politique de sécurité appropriée. Les organisations doivent distinguer les comptes personnels des offres professionnelles disposant de contrôles adaptés et former les collaborateurs à la minimisation des données.

Personnalisation et transparence : un équilibre encore fragile

La mémoire rend les assistants plus cohérents et réduit le besoin de répéter le contexte. Mais son utilité dépend d’un contrôle clair : savoir ce qui est conservé, comprendre pourquoi, corriger les erreurs et supprimer facilement les informations. L’étude souligne que la création automatique de souvenirs peut déplacer ce contrôle de l’utilisateur vers le système.

La conclusion n’est pas que ChatGPT réalise secrètement un diagnostic psychologique de chaque personne. Elle est plus concrète : un outil de personnalisation peut assembler, au fil du temps, des fragments suffisamment nombreux pour produire un portrait intime. Cette capacité justifie une utilisation consciente, des audits réguliers de la mémoire et une attention particulière aux données sensibles.


Sources

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