l’Agence nationale des Technologies de l’Information et de la Communication (ANTIC)-Cameroun a récemment tiré la sonnette d’alarme : environ 80 % des données nationales seraient hébergées à l’étranger malgré l’existence du domaine “.cm” compatible DNSSEC, ce qui met en lumière des risques sérieux pour la souveraineté numérique et la sécurité des données au Cameroun.
Le directeur général de l’ANTIC a rappelé que dépendre majoritairement de centres de données situés hors du territoire expose les citoyens et institutions à des vulnérabilités majeures : perte de contrôle sur les données, difficultés à garantir la conformité, risques d’interception, de fuite ou d’utilisation non autorisée.
Pourquoi c’est un vrai enjeu de cybersécurité
Quand les données d’un pays sont hébergées à l’étranger plusieurs dangers émergent :
- En cas de conflit diplomatique ou de guerre, les hôtes étrangers peuvent couper l’accès aux données ou les rendre inaccessibles
- Les législations locales peuvent varier : des données sensibles peuvent être soumises à des lois étrangères, ce qui peut compromettre la confidentialité ou la protection des citoyens
- En cas d’attaque, la localisation physique des serveurs peut compliquer les enquêtes et la récupération des données
De plus, même si le domaine national “.cm” bénéficie du protocole DNSSEC — qui renforce la sécurité du DNS pour éviter le détournement de trafic — cela reste insuffisant si les données sont finalement stockées à l’étranger.
Ce qu’il faudrait faire pour protéger les données camerounaises
- Promouvoir l’hébergement local des données sensibles : données d’administrations, bases citoyennes, infrastructures critiques, afin de garantir souveraineté et résilience
- Mettre en place des standards de sécurité robustes : chiffrement des données, audits réguliers, sauvegardes, accès contrôlés, conformité avec les meilleures pratiques
- Sensibiliser les entreprises et administrations à l’importance de la localisation des données et des risques liés à l’hébergement à l’étranger
- Renforcer le cadre réglementaire national : loi sur la protection des données, obligations de stockage local, obligations de notification en cas de fuite, etc.
- Encourager des initiatives locales de cloud ou de data centers nationaux — construits selon des standards modernes — afin de fournir une alternative fiable
Conclusion
L’alerte lancée par l’ANTIC-Cameroun est un signal fort : la souveraineté numérique ne se limite pas au nom de domaine ou aux protocoles sécurisés. Pour être effective elle doit s’accompagner d’un hébergement local, de bonnes pratiques de sécurité et d’un cadre législatif protecteur. Le Cameroun a l’occasion de faire le pari d’un numérique souverain et sécurisé.


