Introduction
Les câbles sous-marins représentent pour l’Afrique un risque de cybersécurité massivement sous-estimé. En effet, 99 % du trafic international de données transite par ces infrastructures physiques enfouies au fond des océans, pourtant seulement 18 % des organisations les prennent en compte dans leur stratégie cyber. DCOD Ainsi, l’écrasante majorité des entreprises, banques, gouvernements et institutions africaines ignore délibérément ou par méconnaissance l’une de leurs vulnérabilités les plus critiques. Par conséquent, quand un câble se rompt — accidentellement ou intentionnellement — c’est l’ensemble de l’économie numérique d’un pays qui peut s’effondrer en quelques heures. Le 14 mars 2024, l’Afrique de l’Ouest en a fait la douloureuse expérience.
Câbles sous-marins Afrique cybersécurité : le jour où l’Afrique de l’Ouest s’est déconnectée
Le 14 mars 2024, la coupure simultanée de câbles sous-marins au large de la Côte d’Ivoire — SAT3, MainOne et WACS — a plongé une partie de l’Afrique de l’Ouest et centrale dans une paralysie numérique : services bancaires ralentis, paiements mobiles bloqués, administrations injoignables. DCOD
Cet événement, purement physique à l’origine, s’est transformé en quelques heures en une crise économique et sociale majeure. ChamberSign En effet, au moins dix pays africains ont enregistré un recul massif de leur trafic Internet, documenté en temps réel par Cloudflare. Ainsi, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Burkina Faso et plusieurs autres États ont vu leurs économies numériques vaciller simultanément.
Pire encore, on pourrait imaginer un scénario où, dans la confusion générée par la panne, des acteurs malveillants profitent de l’urgence pour lancer des campagnes de phishing ciblées, compromettant les systèmes de secours et aggravant l’impact. DCOD De ce fait, une défaillance d’infrastructure physique peut servir de déclencheur direct à une cyberattaque opportuniste. Par conséquent, la frontière entre risque physique et risque cyber est désormais totalement abolie.
Une infrastructure physique au tracé… public
Ces infrastructures critiques sont particulièrement vulnérables car leur tracé est largement public — les cartes sont disponibles en ligne — et elles sont situées en eaux internationales, difficiles à surveiller. African Farming Ainsi, n’importe quel acteur malveillant, étatique ou non, peut identifier précisément les points névralgiques d’un réseau de câbles et planifier une action ciblée. Par ailleurs, réparer un câble sous-marin nécessite entre 10 et 20 jours, avec une flotte mondiale de seulement une soixantaine de navires câbliers disponibles. African Farming De ce fait, même une coupure limitée peut paralyser une économie pendant plusieurs semaines.
Une dépendance africaine structurellement plus dangereuse
L’Afrique entre pleinement dans cette nouvelle ère du risque cyber systémique, mais par une trajectoire spécifique. La transformation numérique y a été rapide, plus pilotée par l’usage que par l’infrastructure : mobile, fintech, services publics numériques, plateformes. DCOD
En effet, cette réalité crée une double vulnérabilité. D’une part, le continent présente une forte dépendance à des infrastructures critiques externes — clouds internationaux, câbles sous-marins, plateformes globales. DCOD D’autre part, les chaînes de valeur numériques africaines sont courtes et fortement dépendantes de quelques fournisseurs technologiques majeurs, créant des points uniques de défaillance.
Par conséquent, dans un monde numérique sans frontières, une rupture survenue ailleurs peut aujourd’hui produire en Afrique des impacts économiques et sociaux immédiats, comparables à ceux d’un incident local. DCOD Ainsi, une coupure en mer Rouge ou en mer Baltique impacte directement les banques, opérateurs mobiles et administrations africaines — même si l’incident se produit à des milliers de kilomètres des côtes africaines.
La menace de sabotage étatique s’intensifie
Un rapport de la société de cybersécurité Recorded Future a mis en lumière une intensification préoccupante des menaces pesant sur les câbles sous-marins, identifiant sur 44 incidents survenus au cours des 18 derniers mois une inquiétante tendance : la multiplication d’attaques ou de sabotages potentiellement soutenus par des États, notamment la Russie et la Chine.
En outre, en mai 2025, une audition parlementaire britannique a révélé que le Commandement maritime allié de l’OTAN encourait un « risque de paralysie » en raison de sa forte dépendance aux câbles sous-marins transocéaniques, susceptibles d’être ciblés par des attaques coordonnées. Ainsi, si les grandes puissances militaires mondiales s’alarment de leur vulnérabilité, les États africains — moins bien protégés — doivent redoubler de vigilance.
Câbles sous-marins Afrique cybersécurité : qui contrôle réellement ces infrastructures ?
L’industrie des câbles sous-marins est structurée par un recul des acteurs historiques des télécommunications, propriétés des États, et une poussée des GAFAM, qui détiennent à présent 70 % du marché international. ITWeb De ce fait, les organisations africaines dépendent de plus en plus d’infrastructures dont la propriété et la gouvernance échappent au contrôle des États africains.
Aujourd’hui, les GAFAM possèdent ou co-possèdent plus de 70 % des câbles en construction ou récents. Cette tendance crée des questions de souveraineté numérique et de dépendance stratégique. African Farming Par ailleurs, certaines régions d’Afrique souffrent encore d’une couverture limitée en câbles sous-marins, les rendant encore plus vulnérables à des ruptures isolées. Briefly
Cependant, certains pays africains agissent. Notamment, le Maroc est devenu un carrefour numérique stratégique à la croisée de l’Europe, de l’Afrique subsaharienne et du monde arabe, avec des débats géopolitiques autour de ses infrastructures Internet qui dépassent largement ses frontières. Briefly Ainsi, la dimension géostratégique des câbles sous-marins s’impose progressivement dans les agendas gouvernementaux africains.
La réponse européenne : une leçon pour l’Afrique
En février 2025, l’Union Européenne a adopté une recommandation demandant à ses membres de protéger les câbles sous-marins des menaces physiques et de cybersécurité, notamment grâce à une meilleure coordination. TimesLIVE En outre, la Commission européenne a mis en place un groupe d’experts dédié aux câbles sous-marins. Par conséquent, l’UE reconnaît officiellement que ces infrastructures constituent un enjeu de sécurité nationale de premier ordre. L’Afrique doit s’inspirer de cette démarche et construire ses propres mécanismes de protection collective.
Les 5 mesures que les organisations africaines doivent adopter maintenant
Face au risque que représentent les câbles sous-marins pour la cybersécurité africaine, les organisations doivent adopter une posture proactive et structurée.
1. Intégrer les câbles sous-marins dans la cartographie des risques. En effet, seules 18 % des organisations prennent en compte la dépendance aux câbles sous-marins dans leur stratégie cyber. DCOD Ainsi, toute organisation africaine dont l’activité dépend d’Internet doit documenter cette dépendance et évaluer son impact potentiel.
2. Diversifier les routes de connectivité. Les organisations doivent s’assurer de disposer de plusieurs routes d’accès à Internet via des câbles distincts. Par conséquent, la rupture d’un câble ne doit pas suffire à paralyser totalement les opérations.
3. Mettre en place des plans de continuité adaptés aux pannes Internet. En effet, les plans de continuité d’activité incluent rarement le scénario d’une rupture de câble sous-marin prolongée. Par ailleurs, les équipes IT doivent définir des procédures dégradées pour maintenir les opérations critiques sans connexion internationale.
4. Anticiper les cyberattaques opportunistes lors des pannes. Une défaillance infrastructurelle peut servir de catalyseur à une attaque cyber. DCOD Ainsi, les équipes de sécurité doivent renforcer leur vigilance et leurs capacités de détection précisément pendant les périodes de perturbation réseau.
5. Plaider pour une gouvernance africaine des infrastructures critiques. En outre, les gouvernements africains doivent s’engager dans des cadres régionaux de protection des câbles sous-marins, à l’image de ce que l’UE a mis en place. De ce fait, l’Union Africaine et les organisations régionales comme la CEDEAO pourraient jouer un rôle clé dans cette coordination.
Conclusion
Les câbles sous-marins représentent pour l’Afrique un défi de cybersécurité aussi critique qu’invisible. Ces coupures révèlent une vulnérabilité structurelle des réseaux d’interconnexion des continents : l’économie numérique mondiale repose sur une infrastructure physique invisible et fragile, dont la sécurisation est devenue un impératif technique, économique et géopolitique. ChamberSign Par conséquent, pour les banques, gouvernements, opérateurs télécoms et fintechs africains, ignorer ce risque n’est plus une option acceptable. En effet, dans un contexte où les sabotages d’État se multiplient et où les GAFAM contrôlent 70 % des câbles mondiaux, la souveraineté numérique africaine passe obligatoirement par une meilleure maîtrise de ses infrastructures de connectivité. Ainsi, protéger les câbles sous-marins, c’est protéger l’économie africaine tout entière.
Source : Afrique IT News


